34 thés asiatiques testés en 8 moisVoici ceux qui tiennent leurs promesses
J'ai longtemps servi du thé en accompagnement de mes plats asiatiques sans vraiment y prêter attention. Erreur. En 2023, un client japonais m'a gentiment fait remarquer que mon sencha manquait de fraîcheur. Ça m'a piqué. J'ai décidé de tester sérieusement les thés que je proposais, exactement comme je teste mes woks ou mes couteaux.
Depuis février 2024, j'ai infusé 34 références différentes de thés asiatiques et matcha. Certains à 12€ les 100g m'ont bluffé, d'autres à 40€ m'ont déçu. Ce guide rassemble mes observations terrain après des centaines d'infusions pour mes clients et ma brigade.
Pourquoi je me suis mis sérieusement au thé
Dans mon ancien restaurant fusion, je servais du thé vert basique acheté en vrac chez un grossiste. Ça faisait le job, pensais-je. Jusqu'à ce fameux soir de mars 2023 où Takeshi, un client régulier originaire de Kyoto, commande un sencha après son plat. Il prend une gorgée, sourit poliment, mais je vois bien que quelque chose cloche.
En fin de service, il m'interpelle gentiment : "Éric-san, ton bœuf sauté est parfait, mais ton thé... il manque de vie. Les feuilles sont trop vieilles, l'infusion trop brutale." Il avait raison. Je passais 2 heures à perfectionner une sauce, mais je balançais de l'eau bouillante sur n'importe quel thé sans réfléchir.
J'ai commencé mes tests en février 2024. Protocole simple : commander 50g de chaque référence, l'infuser selon les recommandations du producteur, noter la couleur, l'arôme, la tenue en bouche, la facilité de préparation. Surtout, je vérifiais si le thé restait bon après 3 semaines d'ouverture, parce qu'en cuisine on n'a pas toujours le temps d'acheter frais toutes les semaines.
Les grandes familles de thé que j'ai testées
Avant de détailler mes choix, voici comment je classe les thés asiatiques. Chaque famille a ses codes, ses températures d'infusion, ses promesses. Certaines se recoupent, mais comprendre ces catégories m'a évité pas mal d'achats ratés.
Matcha
10€ — 30€ / 30gPoudre de thé vert japonais battu au fouet. Le matcha cérémonial coûte cher mais la différence de goût avec le culinaire est flagrante. J'ai testé les deux pour comprendre.
Thé vert japonais
9€ — 74€ / 100gSencha quotidien, gyokuro d'ombre noble, genmaicha avec riz grillé. Les Japonais maîtrisent l'umami dans leurs thés verts comme personne. Eau à 70-80°C maximum, sinon l'amertume explose.
Oolong et puerh
12€ — 29€ / 100gLes oolong semi-fermentés offrent une palette incroyable entre floral et grillé. Le puerh fermenté du Yunnan, lui, demande de la patience pour être apprécié. Terreux au début, il se bonifie à chaque infusion.
Thés rares
14€ — 40€ / 50gThé blanc aux bourgeons argentés, longjing artisanal, thés de compétition. Chers, délicats, exigeants en préparation. Réservés aux moments où on a vraiment le temps de savourer.
Matcha cérémonial : le piège des prix
Premier choc quand j'ai commencé à tester les matchas : la différence entre un matcha culinaire à 15€ les 100g et un cérémonial à 28€ les 30g n'est pas juste marketing. Le cérémonial vient de feuilles cultivées à l'ombre pendant 20 jours minimum, récoltées à la main, broyées sur meule de pierre. Résultat : une poudre vert jade éclatant, presque lumineuse, contre un vert terne pour le culinaire.
J'ai testé 7 matchas différents entre février et juin 2024. Trois m'ont vraiment marqué pour leur tenue en bouche et leur absence d'amertume même infusés à 75°C. Les autres avaient ce côté herbacé agressif qui fatigue au bout de deux gorgées. Pour un matcha quotidien, je cherchais quelque chose qui reste agréable même préparé rapidement pendant le service.



Le test qui ne trompe pas : prépare ton matcha au fouet pendant 30 secondes. Si tu obtiens une mousse fine et stable qui tient 2-3 minutes, c'est du bon. Si ça retombe immédiatement en laissant des grumeaux, la qualité n'y est pas.
Conservation critique : un matcha cérémonial ouvert perd 40% de ses arômes en 6 semaines même au frigo. J'achète par petites quantités de 30g maximum. Mieux vaut payer 2€ de plus en frais de port que boire un matcha éventé.
Matcha bio pour cuisine : où la qualité se cache
Pour les smoothies, les pâtisseries et les matcha latte que je prépare pour mes clients, impossible de justifier du matcha cérémonial à 90€ les 100g. J'ai cherché des matchas bio culinaires qui gardent un minimum de caractère sans virer au foin séché. La différence entre un bon et un mauvais matcha culinaire ? La couleur et l'absence de grumeaux lors du mélange.
Test terrain : j'ai incorporé 5 matchas bio différents dans une même recette de cookies au matcha. Trois ont viré au gris-vert tristounet à la cuisson, deux ont gardé une teinte jade visible. Ces deux-là avaient aussi un goût végétal franc sans cette note de carton qu'on retrouve trop souvent dans les matchas d'entrée de gamme.



Pour vérifier la finesse du broyage, frotte un peu de poudre entre tes doigts. Un bon matcha culinaire doit être soyeux, presque talc. Si c'est granuleux ou que ça accroche, ça ne se mélangera jamais correctement dans tes préparations.
Mon ratio matcha latte maison : 2g de matcha bio, 50ml d'eau à 75°C fouettés 20 secondes, puis 200ml de lait végétal chaud. Le matcha de qualité moyenne tient la route avec le lait, le mauvais disparaît complètement sous l'amertume.
Thés verts japonais : comprendre l'umami
L'umami dans le thé vert japonais, c'est cette saveur savoureuse, presque bouillon, qui persiste en bouche. Exactement comme dans un bon dashi. Les Japonais obtiennent ça en cultivant certains thés à l'ombre avant récolte, ce qui booste la L-théanine et réduit les tanins amers. Résultat : un thé qui a du corps sans agressivité.
J'ai passé 6 mois au Japon en 2019 chez maître Tanaka pour apprendre les tempuras et les techniques de couteau. C'est là-bas que j'ai découvert qu'un sencha digne de ce nom ne se prépare JAMAIS à 95°C. Entre 70 et 80°C maximum. Au-delà, tu extrais toute l'amertume et tu tues les notes délicates. J'ai cramé mes 3 premiers sachets avant de comprendre.
Sur les 8 thés verts japonais testés, deux m'ont vraiment impressionné par leur capacité à donner 3 infusions successives de qualité. Les autres s'épuisaient dès la deuxième. Pour un service en restauration, cette résilience change tout : je peux proposer une seconde tasse sans perdre en caractère.



Indicateur fiable de fraîcheur : l'odeur des feuilles sèches. Un bon sencha sent l'herbe fraîchement coupée avec des notes marines. Si ça sent le foin ou que l'odeur est faible, les feuilles ont perdu leur vivacité. J'ai appris ça à mes dépens avec un lot commandé en été qui avait voyagé sans protection thermique.
Température testée au thermomètre infrarouge : pour un sencha de qualité, je vise 72-75°C. Pour un gyokuro encore plus délicat, 65-70°C suffit. Investir dans une bouilloire à température réglable m'a fait économiser 200€ de thé gâché en 6 mois.
Gyokuro : le thé d'ombre qui justifie son prix
Le gyokuro reste le thé vert le plus cher du Japon pour une raison simple : les théiers sont couverts d'écrans d'ombrage 20 jours avant la récolte. Ce stress contrôlé force la plante à produire plus de chlorophylle et de L-théanine. Techniquement, c'est du génie. Gustativement, ça donne un thé rond, presque sucré, avec zéro amertume quand c'est bien infusé.
J'ai comparé un gyokuro à 38€ les 100g avec un sencha premium à 18€. Première infusion à 65°C pendant 90 secondes : le gyokuro développe cette texture veloutée incomparable, presque sirupeuse. Le sencha, excellent par ailleurs, reste plus végétal et franc. Pas mieux ou moins bien, juste différent. Le gyokuro, c'est pour les moments où tu cherches la contemplation.
Honnêteté : en service, je ne propose jamais de gyokuro. Trop cher, trop exigeant en préparation, et les clients pressés ne prennent pas le temps d'apprécier la subtilité. C'est mon thé personnel pour les fins de soirée quand la cuisine est fermée et que je veux décompresser 20 minutes.


La préparation gyokuro traditionnelle demande beaucoup de feuilles pour peu d'eau : 5-6g pour 100ml seulement. Infusion ultra-courte de 60-90 secondes à 60-65°C. J'ai mis 3 semaines à ajuster mes dosages pour trouver le point d'équilibre parfait.
Ces feuilles coûtent cher mais se réinfusent 4-5 fois facilement. Chaque infusion révèle une facette différente : la première est concentrée umami, la troisième plus florale et douce. Ramené au nombre de tasses, le prix devient acceptable.
Genmaicha et sencha : thés du quotidien
Le genmaicha mélange thé vert et riz grillé. Résultat : un thé moins concentré en théine, plus doux, avec ces notes torréfiées qui rappellent le pop-corn. Parfait pour accompagner les repas sans alourdir. Je le sers systématiquement avec mes menus déjeuner, ça passe nickel après un bo bun ou des gyozas.
Test comparatif avec mes commis : j'ai préparé 3 genmaicha différents à l'aveugle. Le premier sentait bon mais avait un goût plat. Le deuxième était correct. Le troisième, un bio à 14€ les 100g, a fait l'unanimité pour son équilibre entre grillé et végétal. La proportion riz/thé fait toute la différence : trop de riz et ça devient juste une tisane de céréales.
Le sencha classique reste mon thé de tous les jours. Pas le gyokuro hors de prix, pas le bancha trop simple. Un bon sencha entre 12 et 18€ les 100g offre le meilleur compromis : suffisamment de caractère pour être intéressant, assez accessible pour ne pas pleurer quand un client laisse la moitié de sa tasse.



Pour le genmaicha, température moins critique que pour le sencha pur. Je monte à 80-85°C sans problème, l'amertume est tamponnée par le riz grillé. Infusion 2 minutes, c'est parti. Aucune cérémonie, juste un bon thé réconfortant.
Mon sencha du quotidien doit tenir 2 infusions minimum. Premier passage 1 minute à 75°C pour les notes végétales franches, deuxième passage 2 minutes à 80°C pour extraire la douceur résiduelle. Si ça ne donne rien au deuxième tour, qualité insuffisante.
Oolong : la fermentation qui change tout
Les oolong sont semi-fermentés, quelque part entre thé vert et thé noir. Cette fermentation partielle peut aller de 10% à 70%, ce qui explique pourquoi deux oolong n'ont absolument rien à voir. Un Tie Guan Yin légèrement fermenté reste floral et délicat, tandis qu'un Da Hong Pao fortement oxydé développe des notes minérales et grillées puissantes.
Premier oolong testé en mars 2024 : un Da Hong Pao des monts Wuyi à 24€ les 100g. Feuilles énormes, torsadées, presque noires. Première infusion 30 secondes à 95°C : explosion minérale, presque rocheuse, avec une finale chocolat noir. Deuxième infusion 45 secondes : les notes florales émergent. Cinquième infusion : encore du caractère. J'étais bluffé.
L'oolong demande de la patience et une vraie technique d'infusion. La méthode gongfu cha avec petite théière et infusions successives courtes révèle toute la complexité. Mais c'est chronophage. En service, impossible. Je garde ça pour mes moments perso ou pour les clients qui prennent vraiment leur temps en fin de repas.



L'oolong est le seul thé où je recommande de rincer les feuilles avant la première vraie infusion. Verse l'eau à 95°C, attends 5 secondes, jette. Ça ouvre les feuilles et élimine les poussières. La vraie première infusion sera beaucoup plus propre.
Un bon oolong se réinfuse 6-8 fois facilement. J'augmente progressivement le temps : 30s, 45s, 1min, 1min30, 2min... Chaque passage révèle une couche différente. Si ça s'épuise en 3 infusions, tu as payé trop cher pour ce que c'est.
Puerh : le thé qui se bonifie avec les années
Le puerh du Yunnan, c'est le vin du thé. Il existe en version crue (sheng) qui vieillit naturellement sur des années, et en version cuite (shu) qui subit une fermentation accélérée. Le shu, terreux et rond, se boit tout de suite. Le sheng demande patience et vieillissement pour s'adoucir. J'ai commencé avec du shu, moins intimidant.
Test mémorable : un tuocha de puerh shu compressé en nid, 2019, à 16€ les 100g. Odeur de sous-bois humide, presque champignon. Première infusion : je m'attendais au pire, j'ai eu une surprise. Liqueur sombre, presque noire, mais d'une douceur incroyable. Notes de terre humide, cacao, muscade. Zéro amertume. Et cette sensation de chaleur dans le ventre après, parfaite pour la digestion.
Le puerh divise. Certains adorent ce côté terreux presque animal, d'autres trouvent ça imbuvable. Dans mon restaurant, je le propose uniquement en fin de repas copieux, après des plats riches. Les retours sont unanimes : ça aide vraiment à digérer. C'est devenu mon thé signature pour clôturer les menus dégustation.



Pour le puerh compressé en galette ou tuocha, il faut détacher les feuilles délicatement avec un couteau à puerh. Pas de violence, sinon tu obtiens de la poudre qui rend l'infusion amère. Je prélève juste ce qu'il me faut pour 2-3 théières et je referme hermétiquement.
Le puerh supporte l'eau bouillante, voire l'exige. 95-100°C sans problème. Infusion rapide 20-30 secondes pour le premier passage, puis j'augmente progressivement. Un bon puerh tient facilement 10 infusions. C'est économique sur le long terme.
Thés verts chinois : l'art de la feuille plate
Les Chinois ont une approche totalement différente du thé vert. Là où les Japonais passent leurs feuilles à la vapeur, les Chinois torréfient à la poêle. Résultat : des notes grillées, châtaigne, parfois florales, mais jamais ces saveurs marines umami des thés japonais. Le longjing (dragon well) de Hangzhou reste la référence absolue.
J'ai testé un xihu longjing authentique du lac de l'Ouest à 32€ les 100g en avril 2024. Feuilles plates, régulières, d'un vert jade magnifique. Infusion à 80°C dans un verre transparent pour voir les feuilles danser. Couleur jaune-vert lumineuse, arôme de châtaigne grillée avec une pointe florale. En bouche : douceur végétale sans aucune astringence.
Le bi luo chun, autre grand thé vert chinois, vient des monts Dongting. Feuilles enroulées en spirales minuscules, couvertes de duvet blanc. Encore plus délicat que le longjing, avec des notes florales prononcées. Mais attention : certains bi luo chun sont teintés artificiellement pour avoir ce vert fluo. Un vrai bi luo chun a un vert naturel, jamais criard.



Pour vérifier l'authenticité d'un longjing, regarde la forme des feuilles sèches : plates, régulières, cassantes. Si c'est tordu, roulé ou irrégulier, ce n'est pas du vrai longjing. J'ai payé 28€ pour un faux avant d'apprendre ce critère visuel simple.
Température cruciale pour les thés verts chinois premium : 75-80°C maximum. Au-delà, les notes grillées délicates virent à l'amertume. J'utilise une bouilloire à température réglable depuis que j'ai cramé 50g de longjing hors de prix avec de l'eau à 95°C.
Thé blanc : la délicatesse absolue
Le thé blanc, c'est le thé le moins transformé qui existe. Juste cueilli et séché, aucune torréfaction, aucun roulage. Les aiguilles d'argent (bai hao yin zhen) sont composées uniquement de bourgeons duvetés récoltés avant leur ouverture. Cette simplicité apparente cache une complexité aromatique folle quand c'est bien fait.
Premier contact avec un bai hao yin zhen premium en mai 2024 : 36€ les 50g, soit 72€ les 100g. Feuilles argentées couvertes de duvet blanc, magnifiques. Odeur florale subtile, miel et foin frais. Infusion à 70°C pendant 4 minutes : liqueur jaune pâle presque transparente. En bouche, c'est incroyablement doux, presque sucré naturellement, avec des notes de melon blanc et de fleurs blanches.
Honnêteté brutale : le thé blanc n'est pas pour tout le monde. C'est subtil au point d'être presque insipide pour quelqu'un habitué aux thés noirs corsés ou aux cafés serrés. Il faut vraiment prendre le temps de le savourer, dans le calme, pour apprécier toutes ses nuances. En restauration, je ne le sers jamais. C'est mon thé personnel pour les dimanches matin tranquilles.
Le thé blanc contient théoriquement le plus d'antioxydants de tous les thés puisqu'il subit le moins de transformations. Vérifié en lisant plusieurs études scientifiques : les catéchines sont effectivement mieux préservées. Mais bon, je ne bois pas du thé pour faire médecine, je le bois parce que c'est bon. Les bienfaits santé restent un bonus.


Le thé blanc demande une eau encore plus froide que le thé vert : 65-75°C maximum. Et une infusion longue : 4-6 minutes minimum. Ne t'attends pas à une explosion de saveurs. C'est tout en finesse, en longueur, en arrière-goût qui persiste délicatement.
Conservation ultra-importante pour le thé blanc. Fragile, il capte toutes les odeurs environnantes. Boîte hermétique opaque obligatoire, loin de toute source de chaleur ou d'humidité. J'ai gâché 40€ de bai hao yin zhen stocké trop près de mon coin épices. Erreur de débutant.
Thés premium et éditions limitées
Les thés premium, c'est la catégorie où le marketing explose et où il faut vraiment savoir ce qu'on achète. J'ai vu des thés à 80€ les 50g qui ne valaient pas mieux qu'un bon thé à 20€, juste parce que l'emballage était luxueux et l'histoire romantique. Mais j'ai aussi découvert des pépites qui justifient totalement leur prix par la qualité exceptionnelle.
Test marquant : un gyokuro de compétition à 74€ les 100g en juin 2024. Production ultra-limitée, récolte manuelle exclusive, ombrage 30 jours au lieu de 20. Première infusion à 60°C : la texture en bouche était presque huileuse, d'une onctuosité jamais rencontrée. Umami tellement présent qu'on aurait dit du bouillon de légumes concentré. Cinq infusions plus tard, toujours du caractère.
Ces thés d'exception, je les achète 2-3 fois par an maximum. Pas pour impressionner, juste pour comprendre ce qui se fait de mieux et affiner ma palette. Ça m'aide aussi à relativiser : quand tu goûtes le sommet, tu reconnais plus facilement la vraie qualité dans les gammes intermédiaires. Tu développes des repères gustatifs fiables.



Pour les thés premium, le ratio qualité-prix s'évalue différemment. Un thé à 70€ qui donne 8 infusions exceptionnelles coûte finalement moins cher à la tasse qu'un thé à 15€ qui s'épuise en 2 passages médiocres. J'ai fait le calcul sur un mois de consommation.
Méfiance sur les éditions limitées trop marketées. Certains vendeurs gonflent artificiellement la rareté. Un vrai thé d'exception a toujours une histoire traçable : terroir précis, producteur identifié, date de récolte exacte. Si c'est vague, passe ton chemin.
Les erreurs que j'ai commises (pour que tu les évites)
Erreur 1 : Acheter trop de quantité d'un coup
Août 2024, j'ai commandé 500g d'un excellent sencha bio à 16€ les 100g. Bonne affaire sur le prix unitaire. Sauf qu'au bout de 2 mois, même stocké hermétiquement, le thé avait perdu 60% de sa fraîcheur. J'ai fini par jeter 200g devenus imbuvables. Depuis, je commande par petites quantités : 100g maximum pour les thés verts délicats, 200g pour les oolong et puerh qui vieillissent mieux.
Erreur 2 : Négliger la température d'infusion
Les 3 premiers mois de tests, j'utilisais de l'eau "pas tout à fait bouillante" au pif. Résultat : des thés verts amers, des thés blancs sans caractère, des matcha ratés. L'achat d'une bouilloire à température réglable à 45€ a radicalement changé mes résultats. C'est l'investissement le plus rentable que j'ai fait après mon fouet à matcha en bambou.
Erreur 3 : Faire confiance aux descriptions marketing
J'ai acheté un thé annoncé comme "gyokuro premium artisanal" à 22€ les 100g. Trop beau pour être vrai. C'était effectivement trop beau : un sencha correct passé pour du gyokuro. Les vraies feuilles de gyokuro sont vert foncé presque noir, pas vert vif. Depuis, je vérifie toujours les photos détaillées des feuilles et je croise avec des avis terrain, pas juste les descriptions commerciales.
Erreur 4 : Sous-estimer l'importance du stockage
Mars 2024, j'ai laissé un sachet de matcha cérémonial à 26€ dans un placard à côté de mes épices. En 2 semaines, le matcha avait pris un goût de curry. 26€ à la poubelle. Maintenant : boîtes hermétiques opaques, stockage au frais pour le matcha, loin de toute source d'odeur forte. Et je note la date d'ouverture sur chaque boîte pour suivre la fraîcheur.
Mon matériel d'infusion après 34 thés testés
Bouilloire à température réglable : indispensable
J'utilise une bouilloire électrique avec réglage par paliers de 5°C entre 40 et 100°C. Ça coûte 45€ sur Amazon. Avant, je gâchais 30% de mes infusions avec une température approximative. Maintenant : 70°C pile pour le gyokuro, 75°C pour le matcha, 80°C pour le sencha, 95°C pour le puerh. Précision chirurgicale.
Fouet en bambou (chasen) pour le matcha
Un vrai fouet en bambou avec 80-100 branches coûte 18-25€. Les fouets métalliques ou en plastique ne donnent jamais cette mousse fine et onctueuse caractéristique. J'ai essayé, c'est incomparable. Le chasen demande un entretien (rinçage à l'eau tiède, séchage à l'air libre sur son support) mais il dure facilement 2 ans en usage quotidien.
Théière en fonte ou gaiwan en porcelaine
Pour les oolong et puerh, j'utilise un gaiwan en porcelaine de 150ml. Ça permet les infusions successives courtes style gongfu cha. Pour les thés verts japonais, je préfère une petite théière en céramique émaillée qui garde bien la température sans influencer le goût. La théière en fonte émaillée, c'est beau mais lourd et ça refroidit trop vite pour les thés délicats.
Balance de précision
Une petite balance de cuisine précise au 0,1g près change tout. Le dosage "à la cuillère" ne marche pas : les feuilles ont des densités variables. 3g de gyokuro en feuilles plates prend beaucoup moins de place que 3g de bi luo chun enroulé. Avec une balance à 12€, je dose précisément et j'affine mes ratios thé/eau progressivement.
Ce que j'ai vraiment appris sur le thé
Après 8 mois et 34 références testées, ma conclusion principale : le prix n'est pas toujours un indicateur fiable de qualité. J'ai bu d'excellents thés à 14€ les 100g et des déceptions à 38€. Ce qui compte vraiment : la fraîcheur, l'origine traçable, et la correspondance entre le type de thé et ton moment de consommation.
Un matcha cérémonial hors de prix préparé à l'arrache entre deux coups de feu sera moins bon qu'un sencha moyen infusé correctement avec attention. Le thé récompense la patience et la technique. Exactement comme la cuisine au wok : le bon geste amplifie la qualité, le mauvais geste la sabote.
Les thés verts japonais m'ont appris la précision : température exacte, timing rigoureux, eau de qualité. Les oolong chinois m'ont enseigné la patience : ces infusions successives qui révèlent des couches de complexité. Le puerh m'a montré qu'un bon produit se bonifie avec le temps, comme un bon couteau qui prend sa patine.
Maintenant, je propose une vraie carte de thés dans mes prestations à domicile. Pas juste "thé vert" ou "thé noir" générique. Du sencha bio fraîchement arrivé, du genmaicha pour accompagner, un oolong floral en digestif. Mes clients apprécient l'attention. Et moi, j'apprécie de servir quelque chose qui respecte autant le produit que mes plats.
Mes recommandations finales
Pour débuter avec le thé asiatique
Commence par un bon sencha entre 12 et 18€ les 100g. Moins exigeant que le gyokuro, plus intéressant qu'un thé vert basique. Investis dans une bouilloire à température réglable dès le départ, ça t'évitera mes erreurs. Teste différentes températures entre 70 et 80°C pour trouver ton point d'équilibre. Note tes préférences.
Si tu veux explorer le matcha
Ne lésine pas sur le fouet en bambou, c'est non négociable pour une vraie texture. Commence avec un matcha bio culinaire correct à 15-18€ les 100g pour t'entraîner. Une fois la technique maîtrisée, passe au cérémonial. Conserve-le au frigo dans une boîte hermétique opaque. Consomme dans les 4-6 semaines après ouverture.
Pour découvrir les oolong et puerh
Achète d'abord en petites quantités : 50g suffisent pour tester. Ces thés se conservent mieux que les thés verts, mais commence par des références accessibles à 12-18€ les 100g. Un Da Hong Pao pour l'oolong, un puerh shu en tuocha pour le puerh. Prends le temps d'apprendre les infusions successives, c'est toute la magie.
Budget mensuel réaliste
Avec 40-60€ par mois, tu couvres largement une consommation quotidienne de qualité. Un sencha à 16€, un matcha bio à 18€, un oolong à 14€, ça fait 3 thés différents pour varier. Les thés premium et éditions limitées, garde-les pour 2-3 occasions spéciales par an. C'est comme ça que je gère mon stock perso.
— Éric Duval, chef de cuisine restaurant fusion franco-asiatique, Rennes
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